Philippe Renault, peintre... Souvent, ce genre de définition brève donne simplement et efficacement le ressenti du
spectateur.
Mais parfois elle est tronchée tant l'univers pictural de l'artiste est éclectique. C'est le cas avec Philippe Renault. C'est d'ailleurs sa ,double approche qui a accroché ma curiosité.
Commençons fort... Tu me donnes une courte définition de la peinture ?
Pour moi, la peinture, c'est de l'écriture en couleurs...
Pourquoi peins-tu ?
J'ai toujours dessiné, depuis mon enfance. Je lisais Spirou et Tintin, en recopiant des personnages, ou
des avions de la série Buck Danny. Plus tard, un ami m'a donné son matériel de peinture à l'huile et mon premier essai fut une reproduction d'une toile de
Braque. Ensuite, attiré par le surréalisme, j'ai peint des images
assemblées, tirées de films ou de magazines, sortes de collages.
Mes peintres préférés sont Hopper, Dali, Bronzino, et j'en aime beaucoup d'autres. J'ai été professeur de physique, et,
en peinture, je suis autodidacte.
J'ai vu des peintures figuratives, d'autres abstraites... Tu m'expliques ?
J’ai toujours été figuratif, le plus précis possible, travaillant à partir de photos et de documents. Avec la photo
numérique, le champ s’est élargi. Après une série de toiles issues de clichés d’une entreprise de recyclage de métaux, avec d’énormes machines bleues et
d’énormes tas de carcasses de voitures ou de débris hétéroclites,
j’ai, à l’ordinateur, zoomé sur des parties de photos, et sont apparues des formes et des couleurs insoupçonnables.
En jouant sur la luminosité et le contraste, sur un fond noir, se sont révélées des images qui semblent abstraites, mais qui sont pourtant issues de la réalité.
Cette évolution dans le parcours de création m’a donné beaucoup de satisfaction, car j’ai
pu utiliser des couleurs pures
et des formes indéfinissables. Les gens entrent librement dans la galerie qui est très connue, où l'ont sait qu'il n'y a pas un "marchand", mais l'auteur lui même; certains regardent longuement,
et je n'interviens que si je sens que la personne en a envie; d'autres posent spontanément des questions, ou bien parlent d'eux-mêmes, peintres ou non, demandent comment j'ai fait ceci ou cela;
c'est toujours enrichissant d'échanger avec des inconnus ! La genèse de mes
toiles provient d'objets réels, très agrandis et contrastés, et pour les spectateurs, en exposition, j'explique si on me le demande, ce que c'est; certains y voient d'autres choses, et c'est très intéressant pour
moi; quand des toiles de tas de ferraille sont assez proches des toiles "abstraites", beaucoup le voient; on m'a même dit une fois: c'est comme rentrer dans l'inconscient"... J’ai donc été
toujours dans la figuration narrative…
Qu'appelles-tu figuration narrative en parlant de tes abstraits ?
La figuration narrative est un mouvement apparu dans les années 60 en opposition justement à l'abstraction, avec
l'objectif de montrer la réalité, souvent politique ou sociale.
Mais parallèlement, je
peins aussi des sujets très réalistes, en ce moment des personnages isolés, à Ostende en particulier, lieu magique que j’adore.
J’aime laisser à celui qui regarde une toile la liberté de pouvoir l’intégrer à son univers et également de découvrir dans mes peintures « non-figuratives » des significations que je n’avais pas consciemment choisies.
Quelle technique utilises-tu ?
Je commence par dessiner sur la toile le sujet, parfois avec la technique du
quadrillage. Autrefois, j’utilisais pour le dessin un projecteur de diapos, comme Hockney.
Puis je passe à la peinture à l’huile avec un medium, travail de patience, souvent décourageant quand des détails (des
carrelages, des dégradés du ciel) résistent à l’exécution. La couche de peinture est fine, sans empâtements, plusieurs glacis sont parfois nécessaires. Je travaille donc beaucoup mes toiles, je
n’ai jamais pu être du « premier jet ».
Tes abstraits sont très marqués, avec des couleurs vives. Que cherches-tu à faire passer comme impression ? La violence, la modernité, peut-être ?
J'y ai surtout trouvé du plaisir à utiliser des couleurs presque pures que par inhibition sans doute, je me retiens de mettre sur des sujets genre Ostende, où les tons de la mer du ciel, des personnages, sont beaucoup plus doux et nostalgiques.
Travailles-tu tes toiles en fonction du regard que les autres en ont ?
Non, jamais.
N'y a-t-il pas opposition entre le figuratif et cet abstrait qui n'en est pas un, en fait mais plutôt un re-travail sur la
réalité. Tu mènes les deux de front alors que la plupart des artistes commencent par le figuratif plus académique pour évoluer vers l'abstrait et l'approche plus... primitive ou sensitive
peut-être de notre environnement.
C'est vrai qu'il y a une opposition entre ces deux genres; c'est vrai aussi que peindre de façon "abstraite " m'a procuré des sensations plus fortes, plus libres que les toiles figuratives. C'est le côté Hyde du Dr Jekkyl....
Double personnalité du peintre, double personnalité de l'artiste, du musicien comme de l'écrivain qui, durant le court
instant de création transcende sa réalité, sa personnalité
pour devenir quelqu'un d'autre.
De spectateur, l'artiste devient créateur puis à son tour spectateur de sa création : curieux processus dans lequel l'artiste puise sa force et son inspiration.
Et si c'était cela qui nous fait tous avancer ?
Vous pouvez retrouver Philippe Renault sur le réseau Arts et Lettres
artsrtlettres.ning.com/profile/PhilippeRENAULT
Christine Brunet
www.christine-brunet.com
www.aloys.me
www.passion-creatrice.com
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