Partager l'article ! Micheline Boland : "Écrire c’est palper des pensées, semer des mots...": J'ai deux livres de Micheline Boland sur mon bureau... "La PNL ou co ...
J'ai deux livres de Micheline Boland sur mon bureau... "La PNL ou comment rendre son quotidien plus plaisant" et "A fleur de peau". Même si je me suis
plongée d'abord dans le plus accessible (du moins a priori) des deux, c'est à dire le second, je n'ai pu m'empêcher de lire les premières pages du premier.
Chose rare chez moi, j'ai lu la préface signée Jean-Luc Hostert, enseignant certifié en PNL par le New-York Institute... Des mots qui introduisent parfaitement, non seulement cet ouvrage (dont vous pourrez lire d'ici peu la fiche de lecture) mais toute l'approche littéraire de Micheline Boland. Je vous en livre juste quelques phrases qui me serviront d'introduction à cet interview.
"Certains utilisent la voix pour enrichir un groupe ou un monde, d'autres la danse, la poésie. Micheline a choisi l'écriture. L'écriture comme véhicule, comme moyen de transport.
Elle embarque les voyageurs sur des phrases courtes, des phrases qui se relient, qui
deviennent des histoires. Les voyageurs sont
accueillis, pris en main, ils en oublient leur escale tant ils sont pris par la narratrice qui décore le réel avec bienveillance.
Micheline conduit ses pèlerins du coeur vers l'autre rive. Micheline est une passeuse, elle fait passer les gens. C'est aussi sa manière à elle de passer. (...)"
Magnifique hommage qui ne demande qu'une chose: entrer dans l'univers de Micheline et tenter d'un peu mieux le comprendre pour mieux l'aimer.
Micheline, avant toute chose, pourrais-tu te présenter ?
Je suis enfant unique. Je suis née en 1946 dans un petit village situé entre Namur et Charleroi. À partir de sept ans, j'ai vécu à Gembloux puis à Bruxelles avant de revenir à Gembloux J'ai reçu une éducation plutôt sévère. J'ai toujours aimé écouter les autres : même enfant j'étais à l'affût de ce que disaient les visiteurs qui passaient chez mes grands-parents ou des conversations entre adultes. J'ai fait des études de psychologie. J'ai suivi de nombreuses formations complémentaires plus ou moins longues en analyse transactionnelle, hypnose ericksonienne, théâtre, clown, sophrologie, entraînement mental, gestion mentale, animation d'ateliers d'écriture,... Je suis maître-praticienne en programmation neuro-linguistique. Pendant près de trente-neuf ans j'ai travaillé dans un Centre Psycho-Médico-Social dans la région de Charleroi. Je suis mariée depuis plus de trente-sept ans et je vis à la périphérie de Charleroi.
Depuis quand écris-tu ? Pourquoi ? Un déclencheur ?
J'ai tout d'abord aimé inventer des histoires… À sept ans, je suis restée plus d'un trimestre à la maison pour raison
médicale. Une amie de ma grand-mère, qui tenait un magasin, m'a alors offert un petit théâtre en carton sur lequel des personnages pouvaient, d'un simple tour de roulette, entrer en scène. Ce fut
sans doute le plus beau cadeau que j'aurais pu recevoir en de telles circonstances. Puis en quatrième primaire, vint le début des rédactions. Dans un premier temps, il s'agissait plutôt de
descriptions. Un régal pour moi car au fil du temps, on demandait des tableaux plus vivants (par exemple une relation entre un chien et un chat, une panne de voiture, une panne d'électricité…) De
la même manière que je refaisais chez moi des bricolages réalisés à l'école, je prenais plaisir à écrire à la maison d'autres rédactions sur le même sujet. Tous ces textes écrits sur ardoise ont
bien sûr disparus mais ils étaient appréciés par mes institutrices et des membres de ma famille. Les encouragements reçus me stimulèrent à continuer. Mes premiers textes ont été publiés dans les
anthologies "poésie moins 20" du Cyclope et dans des journaux comme "Le Soir" à la rubrique réservée aux jeunes talents au début des années 60.
Définis le mot "écriture"...
Je répondrai en reprenant le petit texte rédigé pour le recueil
collectif de CdL sur le
sujet : Écrire c’est palper
des pensées, semer des mots, s’abandonner au rêve, transformer une feuille blanche en miroir, vivre d’autres vies en même temps que la sienne, s’emmener en voyage, habiter des images, lâcher
prise, déchiffrer les silences, déborder de son enfance.
L'écriture est-elle une passion ? En as-tu une autre ? Si oui, sont-elles liées et en quoi?
L'écriture est une passion mais quand j'aime pratiquer une activité je m'y adonne volontiers sans compter : que ce soit le tir à l'arc, l'écriture, l'apprentissage du golf, la peinture, le conte… Je partage ma passion pour le tir à l'arc, l'écriture, le conte, le théâtre avec mon mari, Louis Delville, ce qui est bien agréable. J'ai écrit un conte et des haïkus sur le tir à l'arc, j'ai aussi écrit des nouvelles en rapport avec le golf et le théâtre.
Comment écris-tu ? Le soir, la nuit, tout le temps ? Sur le papier, direct sur l'ordi?
J'écris sur papier ou sur ordinateur, aussi bien le matin ou
l'après-midi que le soir. Il
suffit que l'impulsion
venue d'un son, d'une image, d'une parole, d'une odeur, d'un bon plat, se manifeste. Il suffit parfois qu'un ami me propose un sujet ou que je prenne connaissance du thème d'un concours de textes
pour que mon imagination se mette en branle. Je trouve que j'écris plus vite sur papier (ma main suit plus facilement mes pensées). J'estime aussi que j'envisage plus aisément une chute lors des
ateliers d'écriture que lorsque je suis seule chez moi (sans doute est-ce lié à l'urgence et au désir de surprendre). L'ordinateur offre de belles opportunités : les déplacements de parties de
textes en sont le plus bel exemple.
Écris-tu avant tout pour toi ou pour les lecteurs ? Pourquoi ? Que ressens-tu lorsque tu écris?
J'écris d'abord pour moi. Le plus souvent, je me trouve face à
une situation qui provoque
en moi une émotion ou je
repense à une telle situation, et je me mets ainsi à écrire sous le coup de la colère ou de la tristesse par exemple. Ensuite, je me relis, je me corrige (assez peu). Je me demande alors si cela
pourrait plaire aux autres et les toucher. Il y a des nouvelles que je n'envoie pas à l'éditeur parce qu'elles ne plaisent pas aux personnes qui me donnent un premier avis (mon mari, mon père,
parfois un ami). Il est rare que je les modifie pour qu'elles correspondent à leurs attentes. Je les laisse en l'état et je passe à autre chose… Je les oublie presque. Mon mari et des
participants à des ateliers d'écriture se souviennent mieux que moi de certains textes que j'ai écrits.
Lorsque j'écris, je suis excitée et impatiente d'avancer. Je suis comme dans ma bulle. Quand je suis en panne d'inspiration, je vais voir à la fenêtre pour l' y retrouver. Ceci explique peut-être que dans bon nombre de mes poésies, je fais l'éloge des nuages, de feuillages, des oiseaux, des bruits de la rue…
Quel est ton univers littéraire
?
Je lis de la poésie, des contes, des nouvelles, plus rarement des romans. Je ne lis pas de
science fiction ni d'héroïc fantasy mais bien des récits fantastiques plus classiques. Mes auteurs préférés : Guy de Maupassant, Albert Cohen, Paul Éluard, Jean-Marie Le Clézio, René Char, Michel
Tournier, Amélie Nothomb, Jacques Sternberg,…
Quel est ton rapport à tes personnages ? Les aimes-tu ou pas, gardes-tu un certain recul par rapport à l'histoire ou pas ? Difficile de mettre le point final à ton
histoire?
Mes personnages ont souvent un trait de comportement des personnes croisées actuellement ou à
d'autres périodes de ma vie. À partir d'un détail réel, je construis un personnage. Une simple phrase entendue en faisant mes courses ou une simple attitude peuvent être à la base d'un
personnage. Il y a des personnages que j'aime et d'autres que je n'aime pas. En relisant certains de mes contes, j'ai l'impression que le message que je livre s'adresse à moi… J'envisage souvent
différentes chutes pour mes histoires : j'en discute avec Louis, mon mari, avec Papa ou même avec des lecteurs fidèles avant de fixer un choix. Quand je commence une histoire, je la termine
toujours.
Peux-tu développer cette phrase : "En relisant certains de mes contes, j'ai l'impression que le message que je livre s'adresse à moi…"
Par exemple, il y a bien longtemps j'ai écrit "le secret de l'écureuil", un conte que j'ai présenté voici plusieurs années lors d'une scène ouverte. C'est un conte où l'on découvre que pour arriver à ses fins il est parfois plus indiqué d'aller droit au but plutôt que d'utiliser des chemins de traverse et je me dis en l'évoquant de nouveau que c'est une stratégie que je pourrais utiliser davantage dans ma vie ! Ou encore l'on trouve dans "Le magasin de contes", un texte "Temps perdu" qui développe l'idée que le temps consacré à d'autres choses (la rêverie notamment) qu'à des activités rentables est un temps plus que nécessaire. C'est aussi une sorte de 'leçon' dont je pourrais, me semble-t-il, tirer parti…
Selon toi, pourquoi as-tu du mal à trouver la fin de tes contes?
C'est plutôt pour les nouvelles que j'ai parfois des difficultés à trouver une fin et qu'il
m'arrive d'hésiter entre plusieurs. Il y a le fait d'hésiter entre une fin indécise qui laisse au lecteur l'opportunité d'imaginer celle qui lui convient le mieux et une fin précise. Il y a aussi
le fait d'hésiter entre une fin positive ou négative. Qu'est-ce qui plaira le plus au lecteur ? On me reproche parfois de ne pas prendre suffisamment position pourtant je continue d'opter à
l'occasion pour une fin très vague… Par ailleurs, une auteure belge bien connue estime que j'ai tendance à en dire trop. Je reste donc perplexe. Lors des ateliers d'écriture, je choisis
volontiers des chutes percutantes dans le but d'amuser. Dans les contes, j'opte généralement pour une fin positive donc je n'éprouve pas ce type de tiraillement.
Pourquoi créer des personnages que tu n'aimes pas?
Mes personnages sont variés. Je n'aime pas les comportements violents, égocentriques, méprisants de certains mais il est bien utile de confronter mes personnages à toutes sortes d'interlocuteurs. La belle-mère de "la chaise vide" et le professeur de littérature de "critique et vengeance" (dans "Nouvelles à fleur de peau"), sont par exemple vraiment désagréables mais je crois que avons tous connu des personnalités de ce type ! Je ne peux en faire l'économie dans mes histoires.
Définis ton style d'écriture
J'écris des phrases courtes et des petits paragraphes. J'utilise
volontiers l'ellipse,
l'énumération, la
rupture de rythme. J'emploie beaucoup le présent, la première personne du singulier et fait la part belle aux métaphores ainsi qu'aux expressions sensorielles. J'essaye que le lecteur s'identifie
facilement au personnage principal.
Facile ou compliqué d'être lu ? Comment appréhende-t-on ton travail d'écriture autour de toi?
J'aime être lue. Dans certains contes, je tente de faire passer des messages qui sont souvent des présupposés de la programmation neuro-linguistique.
Je suis satisfaite d'être publiée dans un journal publicitaire local : il m'arrive de rencontrer par hasard, lors d'une consultation médicale, d'une soirée chez des amis, d'une visite dans un restaurant, des personnes qui m'y lisent et qui apprécient mes textes. J'aime avoir leurs 'retours'. Dans ma jeunesse, il était assez facile de voir un de ses textes publiés dans des revues d'intérêt général ou des gazettes. Ce n'est plus le cas depuis une bonne dizaine d'années. Quant à mes livres, leur diffusion est plutôt limitée. Il faut dire que j'éprouve des difficultés à faire ma pub. Je suis discrète et je n'aime pas me mettre en avant même si j'adore conter pour différents publics et rencontrer des lecteurs potentiels à l'occasion de foires du livre.
Je crois que j'aurais toujours une question à poser à Micheline... Sans doute parce que son univers est passionnant. Je ne vais pas conclure mais juste vous livrer pour la fin la vidéo de son interview effectué par Bob Boutique pour l'Actu TV...
(A voir également sur son site http://www.bandbsa.be/contes.htm)
Vous pouvez retrouver Micheline Boland et ses écrits sur son blog
Des projets encore et toujours...
=> Des interviews:
* celui du photographe Marc Sergent
* celui de Silvana Minchella et Jean-Jacques Oppringils
* celui de Yann Kervran
=> Fiches de lectures :
- Bertrand Borie "L'aigle et le lion", tome 2,
- "Le bonheur est dans le conte" d'Anne-Marie Jarret-Musso
- "Bizarreries en stock" d'Alain Magerotte
- "Nouvelles de l'Est" de Gauthier Hiernaux
Qui veut répondre à mes questions ???
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