Partager l'article ! Louis Delville: "l'avantage du conteur est qu'il peut voir si son auditeur a compris": Je suis fan de conte ...
Je suis fan de contes et d'histoires: j'ai toujours été bon public mais néanmoins très exigeante... Les contes ont bercé ma jeunesse et sont, sans aucun doute, à l'origine de ma passion pour le fantastique et la science fiction. Je reste persuadée que ces histoires dévorées sont la source de mon imagination que certains qualifient de débridée...
Quoiqu'il en soit, il me suffit d'entendre le mot "histoire" ou "conte" pour que ma curiosité me pousse à la découverte de nouveaux textes magiques.
Louis Delville est un conteur, de ceux qui mettent en paroles leurs écrits. Je me suis essayée à lire des passages de mes textes mais sans parvenir à transmettre le souffle et toute la dimension des mots.
Alors, comment Louis y parvient-il, lui ? Est-ce juste une question de technique ou plutôt une question de positionnement vis à vis de ses textes ? Voilà des questions auxquelles Louis Delville répond au travers de ce court interview...
Louis... une présentation succincte ?
Je suis né à Liège et j'aurai 65 ans cette année. Une carrière de 30 ans (achevée en 2000) en tant qu'ingénieur industriel en électronique où j'ai un peu tâté de tout : électronique spatiale, matériel électronique pour chemin de fer et tramways, télévision par câble et télécommunications par fibres optiques, responsable d'un service de métrologie pour terminer comme acheteur de composants électroniques. Tout cela dans la même usine qui, au cours de ma carrière, a changé plusieurs fois de nom !
Marié depuis 1974 à Micheline Boland que j'aime plus que tout.
Tu oublies que tu viens de publier un recueil de nouvelles Chez Chloé des lys... "De Noé à Louis Léopold Victor"... mais bon...
Depuis quand écris-tu ? Pourquoi ? Un déclencheur ?
J'écris seulement depuis quelques années. Durant toutes mes études classiques (latin-math) j'ai toujours été nul ou presque en rédaction et autre dissertation. Ce n'est qu'avec l'âge et grâce à Micheline que je me suis enfin décidé à prendre la plume (ou plutôt l'ordinateur).
Depuis 1997, j'aime conter des histoires. Si au début, je me suis inspiré de contes de Micheline ou de l'un ou l'autre conte traditionnel, ma rencontre avec Paul Fauconnier, un compatriote professionnel du conte, m'a ouvert les yeux sur le fait que, moi aussi, j'étais capable d'écrire un conte et après de le présenter devant public.
Pendant tout un temps, je me suis contenté de "l'oralité" jusqu'au jour où un ami m'a demandé une copie d'un de mes contes qu'il avait entendu… Je ne l'avais jamais écrit !
J'ai rectifié le tir et puis voilà, c'est le début d'une autre histoire.
Définis le mot "écriture" (selon toi, hein, pas le dico, ça je sais faire...)
C'est une manière de faire passer un message. En étant sûr (ou presque) que ce message
ne
sera pas déformé puisqu'il est toujours loisible de le relire.
D'un autre côté, cette sûreté cache parfois une interprétation du lecteur de ce qui est écrit par l'écrivain.
Je joins donc deux techniques pour faire passer un message : l'écriture et la parole. L'avantage du "conteur" est qu'il peut voir si son "auditeur" a compris !
Ma vie professionnelle d'ingénieur m'a appris plein de techniques pour cela.
Je vous laisse dès à présent découvrir les talents de conteur de Louis... des talents qui ont émerveillé mon fils de 9 ans...
Quel est ton rapport à tes personnages ? Les aimes-tu ou pas, gardes-tu un certain recul par rapport à l'histoire ou pas ? Difficile de mettre le point final à ton histoire ?
Mes personnages sont aussi fous que moi… J'avoue être un grand iconoclaste en décrivant l'Arche de Noé doté de tous les équipements modernes ou encore en faisant envoyer des SMS à un sujet de Louis XIV, mais ça m'amuse !
J'adore écrire un récit pseudo historique et faire croire qu'il est réel. Pour cela, j'ai une technique de mélange du véridique et de l'invention qui fonctionne parfaitement : Je pars de faits réels que j'insère au milieu d'idées farfelues et ça fonctionne. Si mon public y croit, je suis le plus heureux du monde.
Quand je commence une histoire, je connais déjà la fin ou je la pressens très vite. Lors des ateliers d'écriture, rien qu'en lisant la consigne, je sais directement ce que je vais écrire.
L'écriture est-elle une passion ? En as-tu une autre ? Si oui, sont-elles liées et en quoi ?
C'est devenu
une passion au point que, tous les jours pendant plus de trois ans, j'ai écrit un petit billet d'humeur sur un blog. J'ai décidé de ralentir la cadence après 1000 publications et cela me manque
de temps en temps. Et il paraît que cela manque à certains de mes amis qui me lisaient tous les jours.
Depuis plus d'un an, je fréquente assidûment un atelier d'écriture à Charleroi.
Je suis un adepte du tir à l'arc qui est une belle école de concentration : Seul avec son arc à mettre en parallèle avec seul avec son "stylo". Comme je ne pratique qu'une ou deux semaines par an, ma technique est loin d'être parfaite, faute de persévérance. Donc mes partenaires de tir savent que pendant un (toujours long) moment de détente, je leur conterai l'une ou l'autre histoire.
Je fais aussi de l'impro théâtrale mais là, j'avoue que mon grand âge est un vrai handicap ! Il faut trouver une idée très vite et là, je cale ! Mais je persiste pour au moins m'obliger à sortir une soirée par semaine et à fréquenter des jeunes.
Comment écris-tu ? Le soir, la nuit, tout le temps ? Sur le papier, direct sur l'ordi ?
Mes meilleurs moments d'écriture sont très matinaux quand je suis seul devant mon clavier et que je peux écrire vite
sans être dérangé. C'est aussi le cas des ateliers d'écriture où je trouve toujours des idées originales en très peu de temps. Quand je pense que ma mère disait que je n'avais pas
d'imagination…
Ton univers littéraire (ce que tu lis, ce que tu détestes lire)
Si la question avait été posée avant 2000 et mon entrée dans le monde d'Internet, j'aurais immédiatement répondu que mon livre de chevet était le dictionnaire ! Désormais je lis plein de trucs sur mon ordinateur où je saute de pages en pages comme je le faisais avant avec mon Larousse.
J'aime assez les récits historiques, les bouquins scientifiques et tout ce qui m'apprend quelque chose.
J'avoue ne pas aimer la science fiction par manque d'imagination, probablement.
Moi qui aurais parié le contraire ! Tu me définis ton style d'écriture ?
J'écris comme je parle. Des phrases courtes presque toujours au présent. Il faut que "j'entende" ce que j'écris et que cela me plaise.
Il me faut en général un petit incitant pour commencer mais après, cela coule de source…
Parfois je m'amuse à imiter le style de l'un(e) ou l'autre ami(e).
Facile ou compliqué d'être lu ? Comment appréhende-t-on ton travail d'écriture autour de toi ?
J'avais déjà l'expérience de Micheline avec Chloé des Lys donc, l'édition de mon livre
a
été facile. Quant à être lu, je n'attache guère
d'importance à mes écrits lorsqu'ils sont terminés !
Il y a quelques années, j'ai écrit une pièce de théâtre pour la troupe d'un ami. J'ai assisté à la première représentation bien sûr mais je me suis surtout intéressé à la mise en scène et au respect de mes indications scéniques !
Je considère que lorsque j'ai mis le point final à un texte, mon écrit ne m'appartient plus. C'est un cadeau fait à mon lecteur et il en fait ce qu'il veut !
Évidemment, Micheline ne m'interdit pas d'écrire, elle comprend ! Elle est d'ailleurs un peu déçue du "ralentissement" de mon blog !
Je crois avoir compris la différence essentielle qui différencie le conteur d'un auteur de roman ou de poésie, par exemple... La conception d'un texte écrit pour être lu à haute voix et pour voyager d'un auditeur à l'autre... Louis, j'aimerais que tu conclues justement sur cet aspect... Qu'en penses-tu ?
Il est bien vrai que l'écriture d'un conte doit répondre à quelques règles qui font qu'il est "contable". Je citerai les phrases courtes, mono-informatives, l'ordre chronologique des événements, la suppression des mots de liaison comme "mais, alors, cependant...", l'utilisation du présent de l'indicatif (sauf : "Il était une fois…" et "ils se marièrent…"), le fait de favoriser le dialogue au détriment de la narration. Je me souviens avec plaisir de Paul Fauconnier "tuant à coup de pistolet", celui ou celle qui osait prononcer une phrase dans le genre il dit : "bla bla bla"... ou elle répondit : "bla bla bla"!!!
Si on applique ces consignes, le texte sera appauvri, c'est le conteur qui va l'enrichir...
Pour retrouver Louis Delville, allez sur son blog...
link http://louis-quenpensez-vous.blogspot.com/
Christine Brunet
www.christine-brunet.com
www.aloys.me
www.passion-creatrice.com
Des projets encore et toujours...
=> Des interviews:
* celui du photographe Marc Sergent
* celui de Silvana Minchella et Jean-Jacques Oppringils
* celui de Yann Kervran
=> Fiches de lectures :
- Bertrand Borie "L'aigle et le lion", tome 2,
- "Le bonheur est dans le conte" d'Anne-Marie Jarret-Musso
- "Bizarreries en stock" d'Alain Magerotte
- "Nouvelles de l'Est" de Gauthier Hiernaux
Qui veut répondre à mes questions ???
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