Partager l'article ! Laurent Roman : Je n’aime rien tant que les textes, les livres qui donnent à voir des images, qui font voyager entre les lignes.: ...
Parfum Lavande... Une couverture remplie de fraîcheur qui fait rêver à la Provence, à l'été, aux senteurs
méditerranéennes.
Lorsque j'ai demandé à Laurent Roman de se soumettre à mon petit interrogatoire, j'étais loin d'imaginer combien je me trompais !
J'aurais dû lire le résumé du livre mais confiante dans mes premières impressions, j'ai engagé l'interview comme d'habitude...
Je vous laisse découvrir l'univers de Laurent Roman, vous laisse déguster son style et son approche du monde: croyez-moi sur parole, la conclusion est à la hauteur !
Alors Laurent, depuis quand écris-tu ?
Depuis les années 80. J’ai commencé par écrire des textes de chansons. J’étais, et suis toujours d’ailleurs, un grand admirateur de Daniel Balavoine. Ses chansons, ses textes surtout, me parlaient. C’est avec lui que j’ai commencé à aimer les chansons dites engagées. J’ai donc commencé à écrire des textes dans ce style. Par la suite, même si les textes de chansons gardent ma prédilection, j’ai commencé à écrire sur la longueur. Ainsi sont nés mes premiers manuscrits, à l’aube des années 90.
Un déclencheur ?
Philippe Vanclès, mon ami de toujours, qui commençait à écrire ses propres chansons et avec qui je m’amusais à pondre des textes. Lors d’un concert avec son groupe d’alors, j’ai entendu des spectateurs s’enthousiasmer sur certains textes. Ceux sur lesquels je m’étais amusé à écrire avec lui notamment. C’est vraiment là, à ce moment précis que tout a commencé.
Pourquoi écris-tu ?
Parce que c’est un besoin essentiel dans ma vie. Comme boire, manger, aimer. Je suis parfois passé par des moments de découragement, surtout en tant que parolier, parce que ce métier (même si je n’en vis pas réellement) est devenu très compliqué depuis les émissions de téléréalité où tout le monde croit pouvoir s’improviser auteur… Pourtant, je sais pertinemment que je ne pourrais jamais cesser d’écrire, surtout des textes.
Une autre passion ?
La musique et mes chats. La musique et la chanson en particulier. Pas seulement parce que j’en écris. Juste parce que ça fait partie de ma vie depuis mes dix ans et la première fois où j’ai mis une pièce dans un juke-box. Depuis lors, je n’ai plus jamais arrêté d’être fou des disques, vinyle puis CD. Mes chats, parce que j’aime leur compagnie, comme celle des animaux en général. Qu’ils vous rendent bien l’amour que vous leur donnez. Et puis, le chat a une nature silencieuse qui me sied bien.
Ton univers littéraire ?
Aucun en particulier. Je suis très éclectique. J’ai quand même une prédilection pour les biographies, les Mémoires. Je ne suis pas non plus un tout grand lecteur en matière de livre. Je suis très porté sur les magazines de société, que je lis régulièrement. De plus, lorsque je me plonge dans un livre, j’ai besoin de calme. Il m’est quasiment impossible de lire lorsque la télé est allumée ou dans un environnement bruyant. Je suis alors régulièrement déconcentré et je perds le fil de ma lecture. Pour le moment je fais confiance à ma compagne qui lit énormément et avec qui je fréquente de manière régulière la bibliothèque de ma commune. Je viens de découvrir, grâce à elle, les thrillers de Richard Montanari.
Tes sources d'inspiration ?
La vie, le quotidien, l’actualité. Parfois un mot, une phrase
peuvent mettre en marche mon
imagination. Surtout
lorsqu’il s’agit de textes de chansons. Et puis, je pars le plus souvent de titres. J’ai des dizaines de titres qui attendent une histoire. C’est d’ailleurs devenu un objet de plaisanterie avec
celle qui partage ma vie. J’ai régulièrement droit à « Toi et tes titres ! ». Mais c’est ainsi. C’est vrai que c’est ce qui me vient en premier et qui conditionne, le plus souvent,
l’histoire ou le texte qui suivra.
Peux-tu me parler de ton rapport avec tes personnages ? Comment tu les crées, comment ils évoluent, si tu as du mal à les lâcher, à mettre un point final à tes textes donc à leur existence.
Comme nombre de mes coreligionnaires je suppose, je vis avec mes personnages plusieurs mois durant. Parfois bien plus longtemps même, puisque c’est le fruit d’une longue gestation où les personnages se dessinent peu à peu dans mon esprit. Pour Parfum Lavande, je m’étais inspiré d’un fait divers, l’affaire dite du Pasteur Doucé, un militant homosexuel assassiné en 1990 à Rambouillet, que l’on avait tenté par tous les moyens de décrédibiliser et qui se termina en un scandale d’état étouffé par la Justice. Je n’ai pas trop de mal à les lâcher, même s’ils vivent encore en moi longtemps après, ne serait-ce que par le travail de relecture et celui qui m’occupe aujourd’hui, à savoir faire connaitre ce livre. Quant au point final, je crois que tout créateur ne sait jamais se résoudre à dire stop. Nous ne sommes jamais vraiment satisfait de ce que l’on a écrit, peint, composé, etc. Mais bon, il faut bien s’y résoudre à un moment ou l’autre.
Les titres conditionnent ta création : en changes-tu parfois en cours d'écriture ou jamais ?
Rarement. Je ne sais pas si ça m’est arrivé. En tous cas, je ne m’en souviens pas. Après, pour mes textes destinés à être chantés, c’est parfois sujet de discussion avec l’interprète, mais c’est également très rare. Je dois d’ailleurs avouer, même si ça va paraître immodeste, que mes titres ne doivent pas être trop mauvais, puisque sur les 5 albums sur lesquels figurent certaines de mes chansons, 3 leur ont donné leur titre. Ce qui est fait plaisir et flatte assez l’égo, je dois bien l’avouer.
Comment écris-tu ? Direct sur l'ordi ou il te faut le contact avec la feuille ? Retravailles-tu
beaucoup tes textes ?
Pour
les textes de chansons, c’est d’abord sur papier, puis quelques modifications lorsque je les retranscris sur l’ordinateur. Ca s’explique assez facilement. J’ai, le plus souvent, une idée ou une
phrase qui me viennent. Je les notes sur un bout de papier quelconque, peu importe ou je me trouve, même en voiture. Puis je tourne autour de cette idée sur un cahier ou une feuille blanche. En
général, ça se passe assez rapidement. Je dirais que seul
une bonne dizaine de textes m’ont donné plus de difficulté. Pour les livres par contre, c’est direct sur l’ordi. Sauf pour Itinéraire d’un cyclo exemplaire que j’ai coécrit avec mon grand-père. Là il y au énormément de travail en amont. Tant sur papier qu’en audio, puisque nous
habitions loin l’un de l’autre et que nous ne voyions que 2 ou 3 fois l’an.
Damien m'a dit dans son interview que pour lui, la biographie avait un côté voyeur : qu'en penses-tu ? Crois-tu qu'il faut avoir ce petit côté indiscret pour écrire ?
Un côté voyeur… Pour ma part, je ne trouve pas. En règle générale, si on lit une biographie, c’est pour en apprendre plus sur le sujet de cette biographie. Si on en écrit une, c’est la même chose. Pour Itinéraire d’un cyclo exemplaire.
Tu écris des chansons, en vers, je suppose. Des textes
également. Penses-tu pouvoir faire passer certains messages, certaines sensations plus facilement avec l'un ou l'autre genre ?
J’essaie, je tente modestement de faire passer des choses. Après c’est de façon plus ou moins direct. Au début de ma carrière de parolier, j’étais bien plus direct (le syndrome Balavoine encore et toujours). Puis, au fil du temps, et les temps ayant également changés, j’ai appris à trouver une autre manière de dire les choses. Dernièrement, j’ai écrit un texte qui parle des enfants abusés par les prêtres. Sujet délicat s’il en est, mais qui mérite, je pense, d’être également traité en chanson, le tout étant d’y aller le plus délicatement possible. On ne doit pas non plus agresser l’auditeur. Eh bien, j’ai trouvé le biais qui m’a permis d’en parler sans jamais vraiment dire les choses. Reste plus à présent que de trouver l’interprète, même si j’ai ma petite idée sur celui qui pourrait la chanter…
Dans le roman par contre, j’aime beaucoup faire passer certains messages, certaines choses qui me tiennent à cœur. C’était déjà le cas avec mon premier roman Toutes les nuis que Dieu fait, où je parlais du mensonge, de la manipulation et du terrorisme. Parfum Lavande, quant à lui, parle de manipulation amoureuse et du droit à la différence. Le prochain, que je qualifierai de roman vrai, puisque fortement inspiré de la vie d’un proche, parlera des assuétudes et de la déchéance, morale et physique. Pas très gai, mais un sujet fort, comme je les aime.
Tous tes textes se construisent autour d'un élément du réel, événement ou idées, etc. Est-ce là un élément essentiel de la création ? Crées-tu également des textes totalement fictionnels ?
De la création, je ne sais pas, mais dans mon processus de création, certainement. Passionné par tout ce qui touche à l’actualité et à l’histoire, je m’en inspire fatalement. De plus, je suis facilement indigné, ce qui nourrit aussi mon inspiration. Quant à la fiction, je dirais qu’un bon quart de mes textes le sont. Généralement ce sont les plus légers, les plus gais peut-être aussi…
Penses-tu être un auteur engagé ?
Ca m’est difficile à dire. Ceux qui me connaissent ou apprécient mon travail d’écriture sont peut-être plus à mène de le dire. Malgré tout, j’aime mettre les pieds dans le plat. C’est d’ailleurs pour ça que j’avais appelé ainsi mon blog d’humeur(s). Je l’avais d’ailleurs dédié à tous ces artistes que j’aime et qui ont ou avaient une grande capacité à dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Les Desproges, Bedos, Coluche, Balavoine, Léotard ou plus près de nous Carlier, Guillon ou Bedos fils.
Donne-moi ta définition de l'écriture...
Écrire, c’est vivre entre
les lignes, c’est s’inventer d’autres vies au fil des pages. C’est vivre mille vies à travers ses personnages. C’est emmener ses lecteurs vers d’autres horizons, les faire voyager, leur faire
ressentir (ou tout au moins tenter) ce que les personnages vivent dans leur chair et ce même si ces derniers sont fictifs.
Comment définirais-tu ton style ?
Imagé et direct. Je n’aime rien tant que les textes, les livres qui donnent à voir des images, qui font voyager entre les lignes. Et direct, parce que je n’aime pas les circonvolutions et les chapitres qui ne sont là que pour grossir la pagination et ne font que trop rarement avancer le roman. J’avoue que c’est mon principal problème en tant que lecteur. Parfois je saute carrément le ou les chapitres qui ne font pas avancer l’histoire. D’où ma difficulté sans doute à « pondre » de gros livres. Un reproche que certains me font. Mais j’apprends et peut-être qu’un jour… Même si je suis loin de penser que ça fait nécessairement un grand roman, mais bon.
Parle-moi de ton rapport au lecteur... je suppose que tu écris pour être lu... écris-tu en fonction de ton lectorat, de
ses aspirations, etc.
Je ne crois pas en ces auteurs qui disent n’écrire que pour eux. Où est le plaisir ? Donc ou, j’écris pour être lu ou entendu, selon que ce soit des livres ou des chansons. Par contre, je ne pense jamais au lecteur ou à l’auditeur, tout au moins quand j’écris. Après, c’est autre chose. Évidemment, comme tous mes confrères et consœurs, j’espère que ça leur plaira. Pour les textes de chanson par contre, là il est évident que parfois j’écris en fonction de l’artiste qui interprétera le texte ou suivant des consignes qu’il me donne sur le thème qu’il souhaite aborder. Je suis aussi là pour ça. C’est l’artiste qui défendra la chanson, qui la fera vivre, c’est donc à lui que le texte doit plaire en priorité.
Pour la conclusion, pourrais-tu choisir un texte de chanson
qui illustre le mieux, selon toi, ton univers littéraire ?
Imagine de John Lennon. C’est pour moi l’une des plus belles chansons du monde et puis, l’imagination, c’est primordial pour un créateur. C’est ce qui l’emmène vers ces contrées lointaines dont lui seul à la clé. Ce territoire ou tout est possible et où les histoires n’ont de limite que celles qu’il s’impose.
Pour retrouver l'auteur, rendez-vous sur son site www.laurentroman.com.
Christine Brunet
www.christine-brunet.com
www.aloys.me
www.passion-creatrice.com
Des projets encore et toujours...
=> Des interviews:
* celui du photographe Marc Sergent
* celui de Silvana Minchella et Jean-Jacques Oppringils
* celui de Yann Kervran
=> Fiches de lectures :
- Bertrand Borie "L'aigle et le lion", tome 2,
- "Le bonheur est dans le conte" d'Anne-Marie Jarret-Musso
- "Bizarreries en stock" d'Alain Magerotte
- "Nouvelles de l'Est" de Gauthier Hiernaux
Qui veut répondre à mes questions ???
Envie de postuler? De parler de vous, de votre univers? link
Laurent est un auteur très attachant, que j'ai eu la chance d'avoir comme correspondant de presse lorsque j'étais chef d'édition de Nord Eclair Tournai. Je lui souhaite beaucoup de succès.
Mais ce fut avec grand plaisir chère Christine.
Petite info supplémentaire : la couverture du livre, qui récolte un beau succès, a été réalisée par un illustrateur belge de grand talent, Jean-Denis Lichtfus. Je l'en remercie à nouveau ici.
Christine, l'atmosphère est comme si tu étais assise dans le salon de Laurent !
Quelles belles questions ! Quelles belles réponses ! Écrire en donnant naissance à des images, faire de nos écrits du 3D. Merci à vous deux.
Parolier, romancier...Musique, Balavoine, Lenon...Chat, silence, discrétion...Inspiration, découragement parfois ...et passion toujours, qui fait avancer, écrire et encore écrire. Les mots clés qui me semblent émerger de cette interview ne vont pas me permettre d'en rester là : j'ai très envie de lire ce qu'écrit cet auteur
!!! Merci à lui de s'être un peu dévoilé, merci à Christine de l'avoir fait entrer dans le champ de sa caméra. Une belle
découverte en perspective...
Une belle personne, ce laurent Roman; un amoureux des textes, vraiment !
Un interview qui donne envie de se plonger tête baissée dans les textes de laurent Roman. "Ecrire, c'est vivre entre les lignes"... Comme tu as raison ! Merci donc pour t'être plié à mes exigences, mes questions...