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Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 05:28

 

 

1e-Couverture-MML.jpg  La rencontre avec un auteur, un artiste est à chaque fois différente. Elle est le résultat de petits riens qui, mis bout à bout, me donne envie d'en savoir plus. Jean-Michel Bernos apparaît depuis peu dans mon univers Chloé des lys. Je ne sais si ce sont ses interventions sur le blog Aloys, ses propositions, la couverture de son nouveau roman, ses nombreuses publications, mais j'avais envie de plonger à pieds joints dans son univers littéraire pour le faire partager. Ravie donc de l'opportunité qu'il me donne en acceptant de répondre à mes questions ! La première de couverture de son dernier livre sous les yeux, je me lance...

Peux-tu te présenter ? Comment es-tu arrivé à l’écriture ? Qu’écris-tu, pourquoi, pour qui ? Quelle est ta démarche d’auteur ?

Âgé de 60 ans depuis peu, j’ai rédigé mon premier poème à l’âge de 12 ans comme beaucoup de gens. Certains poursuivent par des lettres d’amour, la plupart s’arrêtent à la rédaction de courriers divers. J’ai écris tout cela, mais n’ai pas abandonné la poésie. Ce sont peut-être les rédactions à l’école ou les dissertations qui m’ont fait découvrir la précision et la beauté du récit, de l’explication de texte, du voyage !

J’écris depuis dans une variété de thèmes, des études historiques ou ethnologiques, deshttp://www.bandbsa.be/contes3/bernostete.jpg récits et nouvelles, des contes, des romans et même un peu de théâtre. Dire pour qui je les écris est aussi compliqué que de répondre à la question de savoir si ça va servir à quelque chose.

C’est juste un besoin, un plaisir, l’envie de réaliser un bel ouvrage, au même titre que n’importe quel artiste. Une passion !

 

A te lire, j'ai l'impression que tu as écarté la poésie. Si c'est le cas, pourquoi ?

 

Ma toute première poésie disait : « Rien n’est plus beau que le crépuscule, quand on entend encore un peu les feuilles des arbres qui se froissent ». J’ai depuis rédigé plus d’une centaine de poèmes dont certains ont été publiés dès 1972.

Plusieurs d’entre-eux sont aujourd’hui accessibles sur « poésie française » link. Un jour prochain j’aimerais rassembler les meilleurs dans un recueil… Mais c’est vrai, je procède par étapes et en ce moment, ce n’est pas une priorité.

 

Tu me parles de priorités, aujourd'hui, qui te font délaisser la poésie... Quelles sont-elles ?

 

Simplement des réflexions basées sur ma conception du Monde, des idées humanistes enrobées dans des récits… mûrement réfléchis et peaufinés au cours des années. Elles ont commencé à apparaître avec mon étude sur les peuples Précolombiens (quand même 15 ans de recherches !) puis par la publication du livre Changer le Monde qui nourri de la CLM.jpg vision que j’avais du potentiel humain a finalement débouché sur une évocation plus allégorique : l’ombre d’une illusion. Le livre Merci Monsieur Leacock chez CDL peut sembler une diversion, mais il n’en est rien. Il plonge tête baissée dans le meilleur de l’homme !

J’écris évidemment de la poésie et, elle suit le même chemin, mais il faut que l’œuvre éventuelle (recueil) soit achevée et corresponde à une vision globale. En attendant, je la distille doucement.

  

Y a t-il des thèmes que tu n'aborderas jamais ? Si oui, pourquoi ?

 

Je ne sais pas si tu penses à des choses précises, mais j’ai vraiment souhaité que cette volonté transparaisse dans mon travail. En effet, j’ai fait le choix de ne parler que de bons sentiments. Est-ce parce que je me suis trouvé une inclination pour l’humanisme ?

        

Pourquoi cette passion pour l’écriture ? Quelle est ta définition de l’écriture ?

Comptines-RFP.jpgIl est assez difficile de dire pourquoi on se met un jour à écrire. On pourrait tout simplement se contenter de parler. Mais c’est probablement une disposition s’imposant naturellement qui nous dirige vers la littérature plutôt que vers les arts visuels ou même le jardinage. J’aimais lire et j’étais captivé par cette faculté qu’ont les auteurs à nous faire voyager, nous instruire ou nous divertir. Je pense que j’ai eu envie d’entrer dans ce monde de création, de rêve et aussi de connaissance.

L’écriture est un geste, probablement même une chanson de geste, d’ailleurs le plus technique des récits comporte un certain lyrisme.

 

Comment écris-tu, à quels moments ?

Contrairement à de nombreux auteurs connus et qui s’épanchent sur cette question, je n’ai pas besoin de calme pour écrire – C’est la vie qui m’inspire. Tout ce que je vis, j’entends, j’apprends peut être un sujet à développer. Je dois être en phase avec cette inspiration. Je peux écrire n’importe où, sur n’importe quel support, avec de la musique, en suivant une conversation ou même en regardant la télé. Parfois j’imagine et j’échafaude le récit dans mon esprit et quand il est mûr, je m’installe devant l’ordinateur avec mes JMB-CLM-1.JPGdictionnaires, mes bouquins de grammaire ou de synonymes, et c’est parti. Curieusement ce n’est pas le travail d’écriture qui est le plus difficile, mais les nombreuses relectures (20 en moyenne) avec mises en forme, reformulations, reconstructions. Chaque correction va s’attacher à ne régler qu’un seul problème : répétitions, conjugaison, syntaxe, majuscules, ponctuations, mise en page etc.

Quand je travaille sur un sujet historique, je vais d’abord me documenter, faire des enquêtes, interroger des gens, lire des bouquins, vérifier les sources, croiser les données, puis c’est parti !

 

 

Tu dis pouvoir travailler dans n'importe quelle condition : crois-tu que ton environnement au moment de l'écriture influence ton histoire, infléchit ton récit ? Pourquoi ?

 

Probablement !

Bien qu’on raconte une histoire, rien n’est jamais définitivement écrit tant que le livre -test n’est pas validé ! Oui, sans aucun doute ces influences sont significatives.

  

 J'ai l'impression que tu es perfectionniste... Est-ce un mot qui te convient ? Tu aimes aller au fond des choses : quelle proportion prend ton travail de documentation dans celui de l'écriture ?

 

Pierre Bruneau, le québécois disait que la perfection, personne ne peut l’atteindre !D.-Histoires.jpg

Je serais tenté de dire que je ne souhaite pas non plus la perfection, mais seulement le meilleur ! La « perfection » est un joli mot, tandis que le « perfectionnisme » est un peu ressenti comme une tare. Au milieu de tout cela, il reste la « lucidité », sentiment dans lequel on se doit de respecter le lecteur par un travail irréprochable.

Alors, aller au fond des choses, oui ! Par définition la documentation prend sa place sans compromission. Elle libère d’une certaine façon la création pure qui s’appuie sur une base solide.

 

Facile ou difficile de mettre le point final à un texte ?

 

Il est toujours difficile de trouver une fin qui laisse des possibilités de rebondissements.

Les très bons auteurs savent suggérer. Il me semble qu’il est extrêmement important que le lecteur garde une liberté d’imagination. C’est en même temps une situation assez confortable : la fin n’est jamais la même pour deux personnes différentes.

 

Comment voit-on ton travail autour de toi ?

Avec le temps, comme un travail sérieux, même quand j’écris des choses humoristiques. Mais ça doit un peu les barber par moment, parce qu’une passion n’est pas facile à supporter tous les jours.

  

Quel est ton rapport avec tes personnages ?

Germain.jpgJe pense qu’on connaît mieux ses propres expériences et ses rêves que qui que ce soit d’autre. Ce qu’on écrit est forcément influencé par ces tranches de vie et les gens que l’on a côtoyés ou qui font partie de notre existence. On peut aussi s’en amuser, dédoubler sa personnalité pour la laisser s’exprimer à travers des personnages distincts (j’ai usé de cette faculté dans le livre Changer le Monde. Les personnages principaux portent chacun une partie de mon prénom).

De la même façon, en idéalisant les choses, on créé parfois une sorte de prolongement de soi qui sera en mesure de vivre un destin qui aurait été impossible dans la réalité. Mais tout ceci est à prendre au sens direct de la littérature et non comme un culte de la personnalité. L’auteur n’est qu’un idéaliste !

  

Poursuis-tu un but en écriture ? Veux-tu délivrer un message ?

Jardin-public.jpgJ’espère qu’en explorant la pensée humaine, je suis en mesure de donner ma petite opinion, ma vision des choses, de poser ma petite pierre, mais je suis conscient que ce que je dis n’a pas vraiment d’importance, cette pierre est un petit caillou au milieu du chemin.

 

 

Écris-tu avant tout pour toi ou pour les autres ? => Facile ou difficile d'être lu, de présenter un texte pour la première fois à la lecture critique ?

Je pense que cette question est particulièrement importante. Tous les auteurs devraient se la poser !

Il me semble même que l’on devrait aller encore plus loin en se demandant si l’on ne cherche pas quelque part de la reconnaissance et ou de la notoriété !

Je pense l’avoir déjà rapporté : j’écris surtout ce que j’aime lire. D’une certaine façon,Lettres-d-AmourS-Couverture.jpg on peut effectivement dire que j’écris d’abord pour moi… mais comme je ne veux pas paraître présomptueux, je suis heureux de partager ces créations. En vérité, je ne suis pas intéressé par des éloges éventuels, mais par une critique juste et sincère.

Je trouve aussi que le message est plus important que son habillage. En soignant

l’habillage, j’ai peut-être une chance d’être entendu !

 

Me donnerais-tu TA définition de l'écriture ? 

Dans cette interview j’ai appliqué la même « conduite » que dans mes écrits : éviterODU.jpg l’hypocrisie ! Il ne faut pas se leurrer, l’écriture n’a que quatre moteurs : le gain et la célébrité (qui vont souvent ensemble), le partage et la thérapie.

Alors pour moi, oui déjà la thérapie ! Elle permet de se connaître mieux, de se construire et de se projeter, ce qui permet l’ouverture aux autres.

Et puis quand on est mûr : le partage. Le plus dur est de rester suffisamment humble tout en déroulant ses visions avec force. Il n’y a que le temps qui permet cela… c’est pourquoi je défends cette idée de « priorités », de « mûrissement » des idées.

Après, savoir si on est dans le juste, ne dépend que de l’évaluation venant des autres.

  

As-tu des projets d'écriture ? Lesquels ?

 

Je viens d’envoyer un manuscrit à Chloé des Lys. Je l’ai entièrement réécris cette année,Precolomb.jpg mais il date des années 1990 (encore le mûrissement et la documentation). J’ai obtenu un prix pour cette Nouvelle en 2000 et elle a été saluée par Jacques Chaban-Delmas encore maire de Bordeaux à l’époque. Si elle franchit l’œil aguerri des membres du Comité de lecture, vous y trouverez la synthèse absolue de ma défense des « bons sentiments ».

Par ailleurs, je travaille actuellement (après une longue phase de documentation) sur un roman mi aventure-mi historique qui se déroule en 1950 dans les Alpes et qui plonge au cœur de nos racines gauloises. Un éditeur s’est prononcé sur le synopsis, mais je ne suis pas sûr encore de ce que je ferai, car tu t’en doutes, j’apprécie énormément « l’approche » de Chloé des Lys.

 

Avant dernière question, si tu veux bien : as-tu d’autres passions ?

Tellement d’autres !

De nombreux Blogs sur Internet qui traitent dans le désordre du réchauffement climatique, de politique ou d’horlogerie.

Mais c’est une autre histoire !


La fin de l'interview approche. Je relis les réponses de Jean-Michel Bernos et une évidence me saute aux yeux... Pour en avoir le coeur net, je l'invite à me répondre à nouveau... Quel est le rôle d'un écrivain, selon toi ?

Je fais la différence entre un écrivain, dont c’est le métier et un auteur qui a seulement des choses à exprimer. Je n’ai pas besoin de « produire » pour exister ou pour vivre. Le gain n’est pas une nécessité, pas plus que la notoriété. Le rôle d’un « bon » écrivain est donc pour moi, plus un sacerdoce, dans lequel, il se doit de fournir du rêve, de l’évasion, du plaisir. Je ne suis pas « obligé » de la faire et bien qu’heureux d’être lu, je ne suis jamais déçu si le livre ne « marche pas » !

 

L'évidence est toujours là. Ma dernière question, je la lui pose en guise de conclusion... Es-tu un auteur engagé ? Ou te considères-tu comme tel ?

Ayastan

Si tu me poses cette question, c’est que sans doute cette notion transparaît dans mon travail – Je n’avais jamais imaginé qu’on puisse me la poser… Est-ce l’heure de vérité ?

Je ne crois pas qu’en me trouvant cette passion progressive pour l’écriture, j’ai échafaudé un plan, si ce n’est que naturellement, j’avais envie d’écrire des choses assez optimistes et qui faisaient la part belle à ces fameux « bons sentiments ». Je ne peux pas dire que j’ai eu une vie plus chaotique qu’un autre ou que les épreuves m’ont particulièrement accablé, ce qui sans doute aurait pu me porter vers un bon ou un mauvais penchant. Je n’ai connu que le divorce de mes parents sous fond de guerre d’Algérie ; j’ai travaillé en Irlande au pire moment de la guerre civile que se livraient les diverses communautés ; nous avons perdu notre fils ainé dans un accident durant sa trentième année… Mais j’ai vécu tellement de bonheurs avec ma femme, mes autres enfants, tous les espoirs de paix entre les hommes que j’ai pu entrevoir et j’ai été tellement porté par un amour immodéré pour la création, que je me suis dit : OUI ! Je peux et je dois écrire des choses qui feront abstraction de la guerre, de la vengeance, de la haine et du pessimisme, qui éviteront le sexe malsain, l’éloge des drogues et des combines, le calcul guidé par la soif de domination ou d’asservissement… les gros mots !... Bref tout ce qui dégrade l’homme et serpente habilement et sournoisement dans la plus grande partie de la littérature.


Je dois y arriver et je m’y emploie donc avec toute l’énergie dont je suis capable !    

 

 

Magnifique conclusion ! Vous pouvez retrouver les romans de Jean-Michel Bernos sur jeanmichelbernos.over-blog.fr  link.

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

 


 

 


 


 


 

 


 

 

 

 


 


 

 


 

 

Par Christine Brunet - Publié dans : littérature - Communauté : LES AUTEURS DE CHLOE DES LYS
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