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Dimanche 3 juin 2012 7 03 /06 /Juin /2012 06:00

5520 98578337814 709282814 2031278 7482345 nMes interviews sont toujours le résultat d'une rencontre, souvent surprenante mais passionnante, à chaque fois. Estelle Deuxelles est l'une des nouveaux auteurs des Editions Chloé des lys. Elle va publier "Renaissance d'une licorne". Un titre qui me parle, un prénom qui semble prédestiné puisqu'en provençal, Estelle veut dire "étoile".  Mais quel est donc son univers littéraire ? 

Elle répond à mes questions à la vitesse de l'éclair, un tac au tac qui m'interpelle... Fonctionnerait-elle à l'instinct ?

Tu te présentes brièvement, s'il te plaît? 


Je m'appelle Estelle, avec 2 L, c'est plus pratique pour éviter de voler en rond. Je vais sur mes 35 ans, je suis franco-hollandaise, née dans le 93, installée en Belgique depuis que j'ai 11 ans. Je suis du genre extravertie mais timide, sympa mais pleine de caractère, un paradoxe sur pattes. 


Mon grand défaut, ma grande qualité en même temps, c'est mon hyperactivité. Énergie débordante avec laquelle je suis née et qui me pousse à me dépasser en permanence.




Depuis quand écris-tu et pourquoi ? Un déclencheur ?


Je n'ai aucun souvenir d'enfance où je ne tiens pas un crayon ou un stylo. Je lisais à 3 ans, écrivais à 4 et ma première bd retrouvée dans les archives familiales date de 1982. Selon moi, j'ai toujours eu trop d'imagination. De là, soit j'écris, soit je vis mes fantasmes. Etant donné le caractère sombre et violent de mes écrits, je suis contente d'écrire :) Un déclancheur? Peut-être les après-midi lecture à la bibliothèque de Torcy, où les enfants participaient à l'histoire, racontaient leur vision d'un conte... ça et mes enseignants (Mmes Asperge et Place surtout) qui m'ont toujours poussée à suivre mes penchants pour l'écriture.



Pourquoi écrire de la poésie et pas des nouvelles, par exemple ?


En fait, malgré le fait que ma première publication soit un recueil de poèmes, j'écris principalement des nouvelles, en fait. La poésie m'est venue sur le tard. Je crois que la prose me vient naturellement, ce qui rend mes nouvelles un peu trop "fouillis" pour être publiées sans retravail. La poésie est pour moi comme un défouloir. Je laisse glisser les mots, parfois sans même les relire, et je reste souvent étonnée devant ce que je lis. Comme si les mots étaient autonomes, hors de moi.

Quand j'ai proposé mon manuscrit à Chloé des Lys, il était majoritairement composé de nouvelles, entrecoupées de poésies. Le comité de lecture a accepté ces dernières sans me demander d'en changer un mot, m'a renvoyé les nouvelles pour correction et "débroussaillage". Donc la poésie, parce qu'elle est certainement plus aboutie, plus "vraie" que mes nouvelles, plus alambiquées, moins travaillées aussi quelque part. Comme j'écris de manière automatique, la nouvelle me demande plus de concentration sur du plus long terme, ce qui en tant qu'hyperactive est peut-être aussi plus compliqué à aborder, plus scolaire. La poésie, c'est ma liberté faite mots.



Donne-moi ta définition de l'écriture


Mon jardin secret. L'endroit où je peux être simultanément moi-même et quelqu'unthe-art.jpg d'autre, où mes fantasmes rejoignent mes peurs, mes phobies et ce qui me fait honte, une sorte de no-man's land où je peux faire ce que je veux, personne ne me juge, où on n'attend rien de moi- je parle ici de laisser libre cour à mes visions de meurtre, de terrosisme ou de catstrophe naturelle, choses que ma moralité et mon éducation considèrent à juste titre comme répréhensible ou difficiles à aborder.

 
Longtemps l'écriture a été pour moi comme une forme de masturbation intellectuelle : je m'y ancrais quand j'avais envie de faire ce que je n'osais pas avouer. En grandissant c'est devenu un exutoire, puis un casse-tête. En gros, l'écriture est comme un prolongement naturel de mon esprit, qui évolue avec moi en fonction de mes humeurs, une frénésie dactylographique capricieuse qui m'empêche souvent de basculer dans la folie furieuse.




As-tu un thème de prédilection ? Si oui, lequel ?


Pas vraiment. Je m'essaie à tout. Le symbolisme et le surréalisme me viennent naturellement en poésie, en nouvelles j'ai tendance à basculer vers le cynisme ou la noirceur. J'aime aborder ce qui m'effraie, la mort notamment, mais l'amour aussi, l'autodérision et la profondeur en général. Quand je lis j'affectionne particulièrement les récits fantastiques, d'épouvante ou les récits historico-policiers. J'aime beaucoup les récits d'histoires vraies, à peine romancés. 

 

Compliqué ou facile d'être lue ?


Jusqu'il y a 4 ans, peu de gens m'avaient lue. La famille proche, quelques amis et la participation à deux concours me suffisaient. Et puis un jour, un pote m'a demandé pourquoi je n'essaierai pas la publication en ligne, un soir qu'on discutait d'édition et de mon problème avec le fait d'être lue. Ce que j'écrivais me semblait trop personnel, trop37843_414996277814_709282814_4662158_762304_n.jpg amateur pour intéresser d'autres gens. J'ai mis du temps à être à l'aise avec le fait d'être lue, Oniris (site de publication en ligne) m'a beaucoup aidée dans ma démarche. Peut-être parce que j'y étais allée pour me faire corriger, pour avoir l'avis de gens dont l'écriture était aussi la passion, et que mes textes, à défaut d'être plébiscités, avaient leur petite vie tranquille. Je crois que ça m'a donné un peu de confiance dans mon travail. A partir de là, être lue est devenu agréable, j'aime la critique, qui me permet de retravailler mes textes et de voir l'impact que ce qui semble évident pour moi peut avoir sur d'autres, qui ne me connaissent pas comme mon cercle de proches peut le faire.

Compliqué de mettre le point final à tes textes ?

Ca dépend un peu des cas de figure. En poésie, si ça ne coule pas naturellement, j'ai du mal. Mes bribes peuvent rester dans un dossier pendant des mois avant de retrouver une vie dans un poème terminé.
En nouvelle, quand j'ai un schéma clair de mon histoire, j'arrive à terminer facilement. Mais il m'arrive aussi souvent d'abandonner une idée parce qu'irréalisable ou perdant son intérêt au fil de l'écriture.



Tu fais une différence entre tes poésies et tes textes: pourquoi tes vers sont moins noirs que tes nouvelles, selon toi ?

Oui, je fais une différence car mon approche est différente à l'écriture, peut-être aussi parce que j'ai abordé la poésie tardivement dans mon développement d'"écrivant".

Je ne pense pas que mes vers soient moins noirs, tout ce que j'écris a une touche sombre. La poésie étant plus imagée, plus hermétique et plus symbolique dans mon processus d'écriture, on a tendance à la trouver noire, triste, torturée. La poésie est chez moi très personnelle, donc peut-être plus noire même que mes nouvelles, parce qu'emprunt exclusivement de choses que je ressens, et que mes ressentis sont souvent assez trash et que la poésie joyeuse ou plus calme ne me permet pas d'avoir la fluidité d'écriture que je peux avoir avec des sujets plus tristes ou noirs comme la mort, la rupture, l'abandon.

En nouvelles j'ai beaucoup moins de mal à tomber dans l'humour par exemple. Comme mes maitres à écrire sont tous des pros de noirceur, j'essaie de me diriger vers des genres qui permettent d'aller vers le meurtre, la destruction, comme je l'expliquais pour exorciser ces émotions ou envies de mon esprit. Du coup, la joie, l'humour sont souvent (voir exclusivement) réservés aux nouvelles. J'aime écrire des nouvelles pleines de dérision, de calembours et autres traits d'humour que je retrouve chez les grands que j'aime lire, même dans un récit plus sombre ou vraiment glauque.



Crois-tu que la poésie est plus proche de toi et de ton tempérament ?

Non. Je pense qu'elle est plus apte à dire les choses qui le sont (proches de moi et de mon tempérament).
Comme je l'expliquais, j'ai tendance à écrire des nouvelles alambiquées. Mes poésies vont plus facilement à l'essentiel, peut-être aussi que les mots que j'utilise en poésie claquent plus. Mais la nouvelle me ressemble plus dans le tempérament.

199910_10150104908562815_709282814_6374631_7650470_n.jpg Dans le processus d'écriture, la poésie m'est plus facile. Comme j'ai écrit mes premiers vers sur le tard, je pense que ma poésie est moins enclavée dans un schéma d'écriture. Je découvre encore des techniques, j'apprends encore comment me positionner, comment créer des choses qui parlent.
En nouvelle je suis plus sure de moi. Comme j'ai déjà écrit beaucoup de nouvelles, j'ai aussi plus de recul sur ce que je fais, je décèle plus facilement les failles.
Donc je pense que la nouvelle est plus proche de mon tempérament mais que la poésie me permet de mieux l'exprimer.



Penses-tu qu'un auteur doit avoir une imagination débridée/ fertile pour écrire ou bien avoir simplement l'envie de coucher sur le papier ce qui lui tourne dans la tête ?

Ah, question intéressante !
gorille.jpgJe ne pense pas qu'il faille déborder d'imagination pour écrire. On peut écrire sur tout et n'importe quoi et parler de ce qu'on veut sans pour autant que ce soit systématiquement un modèle d'originalité ou d'innovation. D'ailleurs après avoir côtoie des auteurs pendant des années, je pense que l'imagination bien que nécessaire est rarement l'essentiel pour l'écrivain.

En ce qui me concerne personnellement par contre, c'est primordial.
Je suis exigeante et je lis énormément. Donc, quoi que je fasse, j'essaie de rester loin de ce qui a déjà été fait, pour me démarquer surement, mais surtout parce que quand je lis, j'aime mieux lire quelque chose d'inédit qu'une resucée d’œuvres déjà lues . Après ça dépend toujours un peu du style vers lequel on se dirige. Quand on traite de récits historiques par exemple, l'imagination mise en oeuvre n'est pas celle qu'on va déployer pour un récit fantastique ou un conte. Imagination qui peut être présente dans la forme et/ou dans le fond.

Coucher sur le papier ce qui tourne dans la tête est, je pense, quelque chose que tout leestelle-deux-Elles.jpg monde peut faire, d'ailleurs les journaux intimes et autres blogs sont la preuve que beaucoup de gens ont besoin d'écrire à propos de tout et n'importe quoi. Là où je fais la distinction avec l'écrivain c'est que ce dernier est censé savoir transformer ce quelque chose qui tourne dans la tête en un résultat capable de parler à d'autres personnes, en mettant en oeuvre des techniques et autres moyens d'écriture, dont l'imagination. Pour moi, ce qui fait la différence entre rédiger et écrire, c'est l'imagination. C'est un plus, comme avoir du style. On peut faire sans mais je préfère avec.



Tu as sans doute des personnages dans tes nouvelles... Où les sors-tu ? Quels liens t'unissent à eux ?
Mes personnages sont inspirés de tout ce que je vois, parfois inconsciemment.
Une femme à l'air triste dans un train devient une héroine au vécu difficile, un jeune homme songeur croisé en rue est en fait en train de fomenter un plan machiavélique pour assassiner son voisin, etc.
Parfois les nouvelles et faits divers m'interpellent et je prends alors des caractères proches de moi (ma soeur, mon meilleur ami, mon médecin) et les transforme pour qu'ils collent dans ce que je veux en raconter.
Extaze.jpgMes personnages sont nourris de tout ce que j vois, de tout ce que je retiens de la nature humaine. Et j'essaie, dans chaque nouvelle, d'insérer au moins une personnalité appartenant à quelqu'un qui m'est ou m'a été proche, enfin plutôt j'essaie de donner à mes personnages (secondaires majoritairement) les traits de caractères principaux de mes proches, sans les singer mais en en retirant le trait principal. C'est en quelques sortes mon clin d'oeil discret aux personnes qui m'encouragent et me suivent. D'ailleurs souvent, pour les prénoms ou noms de famille de mes personnages, je pioche dans mes connaissances et crée des anagrammes.



Tu dis écrire en quelque sorte en apnée, si j'ai bien compris; écris-tu directement sur ordi ? avec des rituels ou sur le coup d'un besoin?
Avant, j'écrivais au stylo, j'épuisais mes mines et plumes et les cahiers à gratter de ma main. Et puis, au fil du temps la dactylographie a pris un rôle important dans ma vie professionnelle et je me suis rendue compte que je tapais plus vite que je n'écrivais. Alors je me suis mis au tapuscrit. 
Pas de rituel particulier, il faut que je sois en condition, que les mots débordent de mon esprit et aient envie de sortir. Donc plutôt sur le coup d'un besoin.

Lorsqu'on se laisse porter par les vers d'Estelle, lorsqu'on découvre ses croquis, on aborde une imagination débridée qui amène le lecteur/spectateur ailleurs, durant quelques précieuses secondes... En tout cas, c'est mon cas ! C'est là tout le talent d'un artiste, d'un auteur ! le voyage intérieur...
Je suis ravie d'avoir sauté à pieds joints dans cette autre réalité !

Pour terminer en beauté, que diriez-vous de quelques vers pourdonner un aperçu de ton style, de ton talent ?

Cécité cognitive.







Où sont passées les couleurs ?

Les gris-bleu de tes iris éclairant mon visage
l'immaculée lumière de ton sourire
les flamboyants pourpres inconditionnels
ton aura -
cet éclat disparu
lorsque ton souffle... -
ton amour en néons fluorescents
clignotant sur mes ombres floues
me manque

La vie se résume-t-elle à quelques lueurs pastel ?

Je n'aurais jamais cru les noirceurs
les voiles fades obscurcissant mon regard
les teintes qui se divisent
les camaïeux qui se rassemblent
si je ne les avais vus de mes propres yeux
remplacer les nuances qui me berçaient
annihiler la clarté
effacer les contours
ne laisser qu'un magma chromatique
derrière eux
semblants de coloris
volés à ma palette
au coucher de ton existence

Est-il possible que nos pupilles se voient offrir, dans un sursaut de chance, une infinitésimale seconde de vivacité avant d'être condamnées à l'insipidité à tout jamais ?

Vous désirez en apprendre plus, en lire plus ? Estelle a un blog...link ( http://deuxelles.e-monsite.com)
Christine Brunet
www.christine-brunet.com
www.aloys.me
Par Christine Brunet - Publié dans : littérature - Communauté : LES AUTEURS DE CHLOE DES LYS
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