Partager l'article ! Estelle Deuxelles : L'écriture ? C'est "mon jardin secret"...: Mes interviews sont toujours le résultat d'une rencontre, souvent surprenante ma ...
Mes interviews sont toujours le résultat d'une rencontre, souvent surprenante mais passionnante, à
chaque fois. Estelle Deuxelles est l'une des nouveaux auteurs des Editions Chloé des lys. Elle va publier "Renaissance d'une licorne". Un titre qui me parle, un prénom qui semble prédestiné
puisqu'en provençal, Estelle veut dire "étoile". Mais quel est donc son univers littéraire ?
Elle répond à mes questions à la vitesse de l'éclair, un tac au tac qui m'interpelle... Fonctionnerait-elle à l'instinct ?
Tu te présentes brièvement, s'il te plaît?
Je m'appelle Estelle, avec 2 L, c'est plus pratique pour éviter de voler en rond. Je vais sur mes 35
ans, je suis franco-hollandaise, née dans le 93, installée en Belgique depuis que j'ai 11 ans. Je suis du genre extravertie mais timide, sympa mais pleine de caractère, un paradoxe sur
pattes.
Mon grand défaut, ma grande qualité en même temps, c'est mon hyperactivité. Énergie
débordante avec laquelle je suis née et qui me pousse à me dépasser en permanence.
Depuis quand écris-tu et pourquoi ? Un déclencheur ?
Je n'ai aucun souvenir d'enfance où je ne tiens pas un crayon ou un stylo. Je lisais à 3 ans, écrivais à 4 et
ma première bd retrouvée dans les archives familiales date de 1982. Selon moi, j'ai toujours eu trop d'imagination. De là, soit j'écris, soit je vis mes fantasmes. Etant donné le caractère sombre
et violent de mes écrits, je suis contente d'écrire :) Un déclancheur? Peut-être les après-midi lecture à la bibliothèque de Torcy, où les enfants participaient à l'histoire, racontaient leur
vision d'un conte... ça et mes enseignants (Mmes Asperge et Place surtout) qui m'ont toujours poussée à suivre mes penchants pour l'écriture.
Pourquoi écrire de la poésie et pas des nouvelles, par exemple ?
En fait, malgré le fait que ma première publication soit un recueil de poèmes,
j'écris principalement des nouvelles, en fait. La poésie m'est venue sur
le tard. Je crois que la prose me vient naturellement, ce qui rend mes nouvelles un peu trop "fouillis" pour être publiées sans retravail. La poésie est pour moi comme un défouloir. Je laisse
glisser les mots, parfois sans même les relire, et je reste souvent étonnée devant ce que je lis. Comme si les mots étaient autonomes, hors de moi.
Quand j'ai proposé mon manuscrit à Chloé des Lys, il était majoritairement composé de nouvelles, entrecoupées
de poésies. Le comité de lecture a accepté ces dernières sans me demander d'en changer un mot, m'a renvoyé les nouvelles pour correction et "débroussaillage". Donc la poésie, parce qu'elle est
certainement plus aboutie, plus "vraie" que mes nouvelles, plus alambiquées, moins travaillées aussi quelque part. Comme j'écris de manière automatique, la nouvelle me demande plus de
concentration sur du plus long terme, ce qui en tant qu'hyperactive est peut-être aussi plus compliqué à aborder, plus scolaire. La poésie, c'est ma liberté faite mots.
Donne-moi ta définition de l'écriture
Mon jardin secret. L'endroit où je peux être simultanément moi-même et quelqu'un
d'autre, où mes fantasmes rejoignent mes peurs, mes phobies et ce qui me fait
honte, une sorte de no-man's land où je peux faire ce que je veux, personne ne me juge, où on n'attend rien de moi- je parle ici de laisser libre cour à mes visions de meurtre, de terrosisme ou
de catstrophe naturelle, choses que ma moralité et mon éducation considèrent à juste titre comme répréhensible ou difficiles à aborder.
Longtemps l'écriture a été pour moi comme une forme de masturbation intellectuelle : je m'y ancrais quand
j'avais envie de faire ce que je n'osais pas avouer. En grandissant c'est devenu un exutoire, puis un casse-tête. En gros, l'écriture est comme un prolongement naturel de mon esprit, qui
évolue avec moi en fonction de mes humeurs, une frénésie dactylographique capricieuse qui m'empêche souvent de basculer dans la folie furieuse.
As-tu un thème de prédilection ? Si oui, lequel ?
Pas vraiment. Je m'essaie à tout. Le symbolisme et le surréalisme me viennent naturellement en poésie, en
nouvelles j'ai tendance à basculer vers le cynisme ou la noirceur. J'aime aborder ce qui m'effraie, la mort notamment, mais l'amour aussi, l'autodérision et la profondeur en général. Quand je lis
j'affectionne particulièrement les récits fantastiques, d'épouvante ou les récits historico-policiers. J'aime beaucoup les récits d'histoires vraies, à peine romancés.
Compliqué ou facile d'être lue ?
Jusqu'il y a 4 ans, peu de gens m'avaient lue. La famille proche, quelques amis et la participation à deux
concours me suffisaient. Et puis un jour, un pote m'a demandé pourquoi je n'essaierai pas la publication en ligne, un soir qu'on discutait d'édition et de mon problème avec le fait d'être lue. Ce
que j'écrivais me semblait trop personnel, trop
amateur pour intéresser d'autres gens. J'ai mis du temps à être à l'aise avec le fait d'être lue, Oniris (site de publication
en ligne) m'a beaucoup aidée dans ma démarche. Peut-être parce que j'y étais allée pour me faire corriger, pour avoir l'avis de gens dont l'écriture était aussi la passion, et que mes textes, à
défaut d'être plébiscités, avaient leur petite vie tranquille. Je crois que ça m'a donné un peu de confiance dans mon travail. A partir de là, être lue est devenu agréable, j'aime la critique,
qui me permet de retravailler mes textes et de voir l'impact que ce qui semble évident pour moi peut avoir sur d'autres, qui ne me connaissent pas comme mon cercle de proches peut le
faire.
Dans le processus d'écriture, la poésie m'est plus facile. Comme j'ai écrit mes premiers vers sur le tard, je pense que ma poésie est
moins enclavée dans un schéma d'écriture. Je découvre encore des techniques, j'apprends encore comment me positionner, comment créer des choses qui parlent.
Je ne pense pas qu'il faille déborder d'imagination pour écrire. On peut écrire sur tout et n'importe quoi et parler de ce
qu'on veut sans pour autant que ce soit systématiquement un modèle d'originalité ou d'innovation. D'ailleurs après avoir côtoie des auteurs pendant des années, je pense que l'imagination bien que
nécessaire est rarement l'essentiel pour l'écrivain.
monde peut faire, d'ailleurs les
journaux intimes et autres blogs sont la preuve que beaucoup de gens ont besoin d'écrire à propos de tout et n'importe quoi. Là où je fais la distinction avec l'écrivain c'est que ce dernier est
censé savoir transformer ce quelque chose qui tourne dans la tête en un résultat capable de parler à d'autres personnes, en mettant en oeuvre des techniques et autres moyens d'écriture, dont
l'imagination. Pour moi, ce qui fait la différence entre rédiger et écrire, c'est l'imagination. C'est un plus, comme avoir du style. On peut faire sans mais je préfère avec.
Mes personnages sont nourris de tout ce que j vois, de tout ce que je retiens de la nature humaine. Et j'essaie, dans chaque
nouvelle, d'insérer au moins une personnalité appartenant à quelqu'un qui m'est ou m'a été proche, enfin plutôt j'essaie de donner à mes personnages (secondaires majoritairement) les traits de
caractères principaux de mes proches, sans les singer mais en en retirant le trait principal. C'est en quelques sortes mon clin d'oeil discret aux personnes qui m'encouragent et me suivent.
D'ailleurs souvent, pour les prénoms ou noms de famille de mes personnages, je pioche dans mes connaissances et crée des anagrammes.- Camion blessé de Régine Laprade
- The black house de Peter May
- Lovebirds d'Edmée de Xhavée
- Es-ce que ce monde est sérieux? de Philippe Leclerc
- Humeurs grises, Nouvelles noires de Micheline Boland
- Lucioles de Gauthier Hiernaux
- Jeanne de Rolande Michel
- La brèche du diable de Gwen Aël
- Galinda, la forêt des ombres de Laurent Femenias
- Médiums d'Adien Roisin
- 24 heures d'une vie quotidienne de Philippe Tribes
- Histoires en paroles de Danièle Deydé
- Contrastes de Françoise Castera
Qui veut répondre à mes questions ???
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