Dimanche 23 mai 2010 7 23 /05 /Mai /2010 07:25

Ambiance bucolique et très organisée sur le site d'Emilie Decamp... Et une biographie à en faire pâlir plus d'un ... surtout à son âge...link

 

Une vocation précoce: à sept ans, elle s'essayait à la poésie; à 14, elle publiait son premier recueil...ED

 

A ces âges-là, je lisais, lisais, lisais et dévorais tout ce qui me tombait sous la main sans me poser la question de l'écriture... Quoi ? Des romans d'aventure, des histoires de pirates, de gendarmes et de voleurs... La poésie ? Pour les adultes, seulement... Non ?

 

Alors, j'ai voulu comprendre le parcours d'Emilie, mieux appréhender l'univers dans lequel elle puise son inspiration hétéroclite à fleur de peau, un monde où "Tout est jour... Tout est nuit", un monde où les hommes versent le sang sur une terre en détresse. Des vers durs, souvent abrupts mais si actuels...

 

J'avais tant de questions à lui poser que j'ai commencé par les plus évidentes, celles qu'on pose invariablement aux auteurs...

 

Je vous livre, comme toujours, ses réponses sans rien y ajouter... Ou si peu...

 

Au commencement ? L'écriture... La poésie...

L’écriture a toujours été une part très importante de ma vie, m'écrit-elle. Et pour cause, elle me suit depuis bientôt 13 ans, puisqu’à 7 ans (dès que j’ai su écrire), j’ai commencé à écrire mes premiers poèmes. Naïf, sans vraiment de raison, mais bon…ils étaient là.

http://www.waibe.fr/sites/emilie/medias/images/plume.jpgPuis, ils ne m’ont plus quitté et jusqu’à mes 14 ans je vivais ma petite vie, tranquillement.

 

Mais sur un forum, on m’a conseillé d’envoyer mes poèmes à une petite maison d’édition belge : Chloé des lys. Avec peu d’espoir, je les ai envoyés et j’ai reçu (avec beaucoup de surprise) une réponse positive.http://www.waibe.fr/sites/emilie/medias/images/jemesouviens.jpg


Pourquoi écrire ?

En fait, plusieurs « Pourquoi ? » se posent…


Pourquoi avoir commencé à écrire ?

Sans beaucoup de raisons. J’aimais, c’est tout.


Pourquoi avoir continué ?

En grandissant, des thèmes différents se sont imposés à moi. J’ai donc écris beaucoup de poèmes qui traitaient de l’actualité. J’ai aussi beaucoup écris pour me défouler, oublier ce qui m’énervait, me rendait triste. L’écriture c’est mon «Punching-ball ». Et puis, parce que mon écriture pouvait évoluer et je voulais la faire évoluer.http://www.waibe.fr/sites/emilie/medias/images/img013.jpg


Pourquoi avoir commencé à publier ?

Depuis toute petite c’était mon rêve. Et même si je ne pensais pas le réaliser à 14 ans, c’était une chance inestimable. Et puis j’adore ça. Que ce soit écrire, faire mes couvertures, faire ma promotion,… Ce sont plein de moments que j’apprécie et une vie que j’adore mener en parallèle.


Comment décrirais-tu ta façon d'écrire ?

http://www.waibe.fr/sites/emilie/medias/images/Sans_titre_13.jpgJ’écris de manière impulsive. Je n’ai pas de lieu de prédilection, ni de moment préféré… J’écris quand ça me vient. Que je sois seule où qu’il y ait du monde. Dans le train, pendant les cours ou chez moi… C’est juste que d’un seul coup, l’inspiration est là : j’ai une phrase qui me vient en tête et un poème en découle. Il y a une ambiance particulière et j’ai envie de la mettre sur le papier. Alors je l’écris sur le moment parce que je la ressens et que si j’attend avant de l’écrire elle n’aura certainement plus cette intensité, ce ne sera plus qu’un souvenir.


Des influences poétiques, peut-être ?

J’adore lire mais, en fait, je n’ai jamais vraiment lu de poèmes. A part ceux vu pendant les cours de français. Donc, niveau poésie je n’ai pas d’influences… Par contre, j’ai découvert par hasard un grand poète: Pablo Neruda. Je ne le connaissais que de nom et maintenant que je l’ai lu, j’adore. Pour ce qui est de la prose : Eric-Emmanuel Schmitt, sans aucun doute.

Ceci explique que je n'ai pas vraiment de style: dans l’écriture comme dans la vie, j’aime bien m’essayer à tout. D’où la parution récente de mon premier roman. J’ai aussi des nouvelles en stock et d’autres petites choses aux styles bien distincts.

http://www.waibe.fr/sites/emilie/medias/images/aAV.jpg

Comment est né « Paradise » ? Nouveau bouquin, nouveau genre...


http://www.waibe.fr/sites/emilie/medias/images/Nouveautes_et_annonces/14265_174876368347_706228347_2807064_3262865_n.jpg

Depuis que j’écris, j’ai laissé pas mal de romans inachevés. Je les commençais puis, en grandissant, ils ne me correspondaient plus donc je les laissais un peu tomber. Puis, en 2008 (si je me souviens bien), j’ai été faire un tour à la Foire du Livre de Bruxelles, histoire de me faire dédicacer « La rêveuse d’Ostende » par E-E Schmitt. Et après 1h de file d’attente, je suis enfin arrivé devant lui et on a parlé un peu des livres, du fait que j’éditais. Autant dire qu’en rentrant chez moi, j’étais remontée à bloc. J’ai donc pris mon ordi, je me suis installée dans le fauteuil et j’ai écris. Pendant une semaine, tous les soirs, j’écrivais. Et une semaine plus tard, « Paradise » était né.

 

Du coup, la question suivante s'imposait d'elle-même...

 

Qu'est-ce que tu ressens quand tu écris ? (ex: ça te prends les tripes ? Tu écris sans parvenir à t'arrêter dans une sorte de stress ?...)

Quand j'écris, je ne pense plus à rien. Je ne sais pas quand je vais commencer et, une fois que j'ai commencé, je ne sais pas quand je finirai. Ca me prends aux tripes, c'est vraiment ça. Je ne m'arrête que quand je suis "vidée", que je n'ai plus rien à dire. Ca fait juste du bien, c'est ma façon de sortir tout ce que j'ai en moi et ce que je ressens: c'est vraiment du soulagement.


As-tu des thèmes de prédilection ? La mort semble être un sujet récurrent ou, au moins présent: un thème pas trop grave ? Beaucoup de noir sur tes covers... Pourquoi ce choix ?

Mes thèmes de prédilection... Beaucoup d'actualité, d'obscurité... C'est vrai qu'ils ne sont pas très joyeux. Mais je ne sais pas pourquoi... Probablement parce que l'écriture est pour moi un moyen de me débarrasser de toutes mes tensions, pression,... On m'a déjà demandé d'essayer d'écrire des choses positives mais dès que j'ai essayé, ça a dévié et l'histoire a tourné mal. Peu de mes personnages survivent... Et c'est vrai, mais je ne l'avais jamais vraiment relevé avant, que mes couvertures sont fort noires. Tout comme le côté sombre de mes poèmes, je ne sais pas vraiment l'expliquer. L'inconscient qui parle, sans doute !


Du coup, penses-tu être en phase avec la vision de la vie des personnes de ton âge ?http://www.waibe.fr/sites/emilie/medias/images/P1000269.JPG

Ca dépend qui. Avec mes amis les plus proches oui, mais j'ai parfois un décalage avec d'autres et leur façon de penser. Mais ça s'explique aussi par le fait que j'ai vécu quelques trucs pas très sympa.


Que ressens-tu en apposant le mot fin ?

 Plus pour mon roman que pour les autres...de la fierté, quand même. D'avoir terminé quelque chose. Un soulagement, de ne pas avoir laissé tomber en cours de route.  

 

A-t-il été difficile, pour toi, de poser le point final de Paradise, d'abandonner tes personnages, de les laisser, finalement, t'échapper ?

Un peu, parce qu'il est toujours un peu difficile de savoir si le texte est assez travaillé. Mais au final, il ne l'est jamais assez, il y a bien un moment où il faut qu'on s'arrête. Dans le cas de "Paradise" ça a été assez vite, peut-être trop vite. Celui que je suis en train d'écrire, je pense que ça va être plus dur ! J'ai décidé de le travailler plus.

 

Justement, quel rapport as-tu avec tes personnages ? Comment les as-tu construits ?

 Mes personnages sont toujours torturés. Damien n'a pas dérogé à la règle. J'ai beaucoup plus travaillé sur lui que sur les autres et je pense que cela se sent dans le livre. Ce n'est peut-être pas spécialement une bonne chose d'avoir délaissé les autres, je ne sais pas. Mais c'est comme ça que j'ai voulu écrire. Du coup, je suis beaucoup plus proche de Damien.

 

http://img.over-blog.com/500x375/3/65/48/05/DSC01557.JPGJe suppose que tu as mis, en eux, un peu/beaucoup de toi... Vrai ou faux ?

Dans certains points, je suppose. Il y a des moments du livre qui pourraient faire penser à des moments de ma vie. Damien, lui, a été inspiré d'un ami français. Et il lui ressemble en certains points. Et je suppose que certains des traits des personnages peuvent se retrouver chez moi.


On sent une vraie prise de distance avec tes personnages. Tu les décris comme une sorte d'observatrice... pas en tant que génitrice (qui donne la vie même si elle est fictive ) : tu ne t'y attaches pas. Ce qui semble importer, avant tout, c'est la composition textuelle, le travail du texte. Il semble que ton point final à toi soit synonyme de travail achevé... Est-ce que j'ai bien traduit ta réponse ?  
Pour "Paradise", je pense que c'est plus ou moins ça. Mais c'est très différent, par exemple, pour le roman que je viens de terminer où il y a énormément de moi dans le personnage. Ca change vraiment d'un texte à l'autre. Même si être juste observatrice est un peu trop réducteur. Je m'attache à chaque fois au personnage mais à des degrés différents.
Le titre probable de l'article : "Emilie Decamp: l'écriture, c'est mon punching ball..."   Est-ce une bonne image de ton rapport à l'écriture ? ( voilà une dernière question, au fait !...)
Oui, c'est exactement ça. J'écris pour me débarrasser de tout ce qui m'énerve, pour me défouler. Tout un temps j'avais un vrai punching-ball. Mais frapper dedans ne m'a jamais apporté autant qu'écrire. L'écriture est un bien meilleur punching-ball, pour moi en tout cas !

 Travail du texte et impulsivité de la création... deux idées antagonistes ? Emilie nous montre que non...
Ses vers sont courts: chaque mot compte...  comme un boxeur sur le ring qui cogne et cogne jusqu'au knock out.

Un travail sur les mots, les sonorités, les rimes ? Non... C'est l'impulsivité qui est à l'oeuvre... Chaque mot fait mouche et enrobe le lecteur d'un lent désespoir. Chaque mot sonne et abat comme une journée de pluie sur un paysage qui ne demande qu'à renaître.

Vous pouvez retrouver Emilie Decamp sur son blog...link
Par Christine Brunet - Publié dans : littérature - Communauté : LES AUTEURS DE CHLOE DES LYS
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